Olivier Greif | Trio

catalogue

Trio


opus

353

date de composition

1998

création

1998, Rencontres musicales en Artois par Jérôme Ducros, Renaud Capuçon et Henri Demarquette

formation

Piano, violon et violoncelle.

éditeur
détails
  • 43 pages
  • durée: 29 mn
écouter un extrait

La page de titre porte l’inscription “Paris, 27 août/26 septembre 1998”.
Manuscrit à l’encre, très lisible, comportant les parties séparées de violon et violoncelle.
Présentation OG:
Le titre De profundis a beau ne désigner que son premier mouvement, il donne pourtant sa couleur émotionnelle à l’œuvre tout entière (dont il fut pendant un temps le sous-titre général) : celle d’un absolu désespoir, à peine adouci vers son terme. Pour autant, ce désespoir n’est pas une finalité en soi, mais - à l’instar de ce qui est dit dans le Psaume 130 - un moyen de tendre vers Dieu et de l’atteindre. Aussi noir qu’il soit, ce désespoir est un absolu. A ce sujet, je reprendrais volontiers à mon compte cette phrase d’Albert Camus dans L’Énigme : “Au centre de notre œuvre, fût-elle noire, rayonne un soleil inépuisable”
Sur le plan plus spécifiquement musical, je me suis plu dans cette œuvre à mettre en pratique un principe compositionnel qui m’est cher, et que je résumerai ainsi : faire le maximum avec le minimum. C’est ainsi que les quatre mouvements de ce Trio sont bâtis à partir d’une cellule de quatre notes, cellule qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le langage de Chostakovitch.
Le premier mouvement, “De profundis”, voit deux autres thèmes - un thème de choral (apocryphe) et un motif repris de l’introduction pianistique de l’une des chansons napolitaines de Francesco Paolo Tosti, témoignant de mon horreur du bel canto - s’ajouter à celui qu’engendre la cellule de quatre notes et engager avec lui une joute à la dynamique grandissante et implacable. Parti des profondeurs - comme il se doit ! -, ce combat s’élève jusqu’à la péroraison finale qui martèle les quatre notes de la cellule initiale. Ce De profundis est ponctué au piano par 24 clusters des avant-bras, qui sont autant de coups impitoyablement assénés, et comme portés de l’extérieur de l’œuvre.
La “Java” du deuxième mouvement n’a de dansant que son titre. Il s’agit en fait d’une java complètement déstructurée, morcelée, assassinée, funèbre. Pour tout dire : le fantôme d’une java.
Avec le troisième mouvement, “Romanze” (avec un z), abandonnant toute âpreté, j’ai souhaité écrire une pièce véritablement lyrique, effusive. On remarquera vers la fin de cette Romanze, le rappel au piano du choral du premier mouvement.
Le Final, “Alla breve” (ce terme indique que l’unité de temps est donnée par une valeur qui est le double de la précédente, ou généralement plus longue), semble émaner du troisième mouvement, auquel le relie une citation au violoncelle seul de la cellule de quatre notes. Cette cellule en constitue d’ailleurs le thème, ou plus exactement le sujet, cet Alla breve prenant l’allure d’un fugato. Le mouvement se présente comme une progression ininterrompue vers l’éclat et la lumière. Son monothématisme est brisé par l’apparition - au piano d’abord, puis (quelques mesure avant la fin de l’œuvre, en un ultime geste de victoire) aux instruments à cordes - d’un thème que m’a inspiré une ancienne chanson française, ce qu’il est convenu d’appeler une “maumariée”, c’est-à-dire une chanson traitant d’un femme mal mariée à un époux soit jaloux, soit brutal, soit âgé, soit encore impuissant : “Mon mari est bien malade.” L’œuvre s’achève sur une coda brillante et affirmative, qui reprend à son compte la péroraison du De profundis.